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Hélio et Solaria

Les enfants du soleil


1. Un petit garçon aux yeux de lumière.



  Il existe quelque part dans l’univers, à des années et des années lumière de la Terre, au fin fond d’une galaxie, une petite planète bleue. Sur cette planète, justement nommée Bleue, vient d’arriver un petit garçon aux yeux de lumière. Ce petit garçon s’appelle Hélio. Il prétend à qui veut bien l’écouter, qu’il est le fils du Soleil et de la Vie. Hélio est sur cette petite planète bleue afin d’y faire l’expérience de la vie. Il est là pour être, pour ressentir et pour expérimenter.


  Hélio est accompagné par Tsuyosa, un dragon aux couleurs de l’arc-en-ciel. Mais ce n’est pas n’importe quel dragon. C’est un dragon de sagesse qui crache le feu de la connaissance. Tsuyosa est à la fois présent aux côtés d’Hélio et absent en même temps. Il est là et pas vraiment là. Parfois il est suffisamment dense pour montrer sa présence à tout le monde et parfois seules ses pensées sont perceptibles par Hélio. Tsuyosa explique qu’il ne peut pas être en permanence aux côtés de son protégé.


« L’univers est infini. Mes missions sont immenses. Je ne peux pas être partout à la fois avec mon corps physique, mais je peux l’être en esprit. Je peux traverser l’univers, l’espace et le temps à la vitesse de la lumière et être près de toi dès que tu m’appelleras. »


  Hélio est sur Bleue depuis peu de temps. Il a énormément de choses à comprendre sur le fonctionnement de cette planète. Tsuyosa lui a expliqué qu’il était là pour apprendre mais aussi pour aider.


« Apprendre ? Mais explique-moi Tsuyosa, apprendre quoi ? Aider qui ? Et comment ? 

 – C’est à toi de le découvrir. 

 – Pourquoi veux-tu que je cherche ? Toi qui sais tout, tu pourrais tout m’expliquer maintenant et je pourrais retourner sur mon étoile, auprès de mes proches que j’aime et qui me manquent. Bleue est une très jolie planète, mais c’est une planète qui souffre. J’ignore pourquoi Bleue va si mal, mais je ressens sa souffrance à l’intérieur de mon corps, à l’intérieur de mon être. C’est comme si Bleue et moi n’étions pas séparés. Tout ce qu’elle ressent, je le ressens. Aujourd’hui elle ne va pas bien et moi non plus. Je veux rentrer chez moi. 

 – Hélio, tu étais pourtant d’accord de venir sur Bleue. Tu l’as oublié ? Tu viens à peine d’arriver ici que tu veux déjà repartir. Mais alors, qu’aurais-tu appris et qui aurais-tu aidé ? Je te fais également remarquer, que tu as déjà beaucoup appris. Tout d’abord Bleue va effectivement mal. Extrêmement mal. Nous ne sommes pas à l’abri de voir Bleue exploser un jour, détruite par ses propres habitants, qui sont à l’origine du mal-être de cette planète. Tu as également remarqué que tu es lié à Bleue. Tu es raccordé sur sa fréquence vibratoire. Vous êtes en quelque sorte sur la même longueur d’ondes. Réjouis-toi ! Tu as au moins une amie sur cette planète : Bleue elle-même ! Et ce n’est que ta première rencontre. Je sais que tu en feras d’autres. Tu es là pour cela ! Quant aux réponses à tes questions, je les connais toutes bien sûr… mais dis-moi, quel serait l’intérêt de tout t’apporter sur un plateau ? Quel serait ton mérite ? Ce qui a de la valeur, ce sont les choses acquises par soi-même, les choses issues de ses propres expériences… choses apprises, comprises, digérées… et avec le sourire ! »


  C’est sur ces derniers mots que Tsuyosa disparut dans une brume bleutée, accompagné par un immense éclat de rire, laissant derrière lui une légère odeur de charcuterie et de pneu brûlé. 


« N’oublie pas de m’appeler. Si tu as besoin, je serai là… pour toi ! » Hélio se mit à hurler : « TSUYOSA! Je veux RENTRER ! » Il entend alors un murmure dans sa tête. « Hélio, il n’est pas encore l’heure de rentrer ! »


  Le petit garçon commence alors à sentir un mal-être s’installer au plus profond de lui. Cette sensation grandit, grossit et finit par occuper tout son abdomen, puis son coeur et enfin sa gorge. Les émotions s’agitent à l’intérieur d’Hélio, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est la première fois qu’il ressent un tel malaise. Il s’interroge sur ce qu’il est en train de  vivre. Spontanément il lui vient à l’esprit l’image de son étoile. Oui, c’est cela. Ce qu’il ressent pour la première fois, c’est la désagréable sensation d’avoir rompu le lien avec son étoile, la séparation d’avec sa famille d’origine.


  Hélio se sent perdu et commence à sangloter. Il cherche alors autour de lui, mais il ne voit rien ni personne à l’exception d’un arbre, un arbre magnifique, verdoyant et majestueux. Le petit garçon se dirige alors intuitivement vers cet arbre… essuie ses larmes… pose ses deux mains sur le tronc. Puis il ferme les yeux. Hélio sent alors la sérénité monter lentement en lui par les pieds. Puis elle monte le long de ses jambes, le long de ses cuisses. La sérénité monte ensuite jusqu’à son cœur, qui se met à battre puissamment. Ses joues se mettent à vibrer et ses oreilles à bourdonner. Hélio se sent en paix, ivre de paix intérieure.


  Le petit garçon ouvre alors les yeux et commence à parler à l’arbre.

« Bonjour, comment t’appelles-tu ? »


  L’arbre sursaute.

« Eh bien ça alors, c’est bien la première fois qu’un enfant m’adresse la parole. Depuis le temps que je suis enraciné ici, j’en ai vu passer du monde… Des garnements, des chenapans, des petits voyous qui arrachent mes branches ou mon écorce, mais c’est la première fois que l’un d’eux me parle et me demande même, comment je m’appelle. Alors pour répondre à ta question, sache jeune homme, que je suis Maître Kiwood. A qui ai-je l’honneur ? »


  Le petit garçon répond alors fièrement.


« Je suis Hélio, fils du Soleil et de la Vie et je viens d’une étoile située loin d’ici. 

 – Fils du Soleil et de la Vie ! Rien de moins que cela ! Sache, jeune homme, que nous sommes tous les enfants du soleil, car sans lui, il n’y aurait pas de vie. Crois-moi, jeune homme, chacune de mes petites feuilles sont là pour témoigner de ce que le soleil peut nous envoyer, afin d’assurer notre existence terrestre. »


  Hélio se mit à sourire intérieurement. Cet arbre lui rappelle curieusement les enseignements de son dragon. L’arbre poursuit :

« Vois-tu, petit Hélio, c’est le soleil qui nous envoie la lumière et la lumière est essentielle à nos vies. Les habitants de cette planète oublient la lumière. Même quand il fait jour, ils sont sombres comme la nuit. Il ne reste plus qu’une toute petite étincelle à l’intérieur d’eux. Elle est toute petite, mais c’est amplement suffisant pour maintenir les gens en vie… ou plutôt en survie ! Dans leur obscurité, les habitants de cette planète Bleue ont détruit toute la forêt qui se trouvait ici. Tous les arbres furent abattus, tous sauf moi. J’étais le plus grand et le plus rayonnant de tous les arbres de la forêt. C’est pourquoi j’avais été désigné Maître, avec pour rôle de maintenir l’unité et l’harmonie entre tous les arbres de la forêt. La destruction de la forêt fut un véritable carnage, accompagné d’une avalanche de douleur. Chaque coup de hache reçu par un arbre, est instantanément ressenti par tous les arbres de la planète Bleue. Je te laisse imaginer le nombre de coups de hache nécessaire pour abattre toute une forêt. Je te laisse également imaginer toute la douleur que cela a généré dans toute la communauté des arbres. Les habitants de Bleue ont oublié les règles de base du bien vivre ensemble. Tout d’abord, on demande l’autorisation à un arbre avant de s’en servir. On n’utilise que ce dont on a réellement besoin. Ensuite, on anesthésie l’arbre pour qu’il ne ressente rien et qu’il ne communique pas sa douleur à ses congénères. Et enfin, on le remercie. Malheureusement, rien de tout cela n’a été respecté. Les hommes d’ici sont devenus sombres en même temps qu’ils ont coupé leurs liens avec la lumière. 

 – Et toi ?  Tu as survécu. Comment as-tu fait pour échapper à la  destruction ? 

 – C’est l’amour qui m’a sauvé, petit Hélio. Oui, tu entends bien. C’est l’amour. C’est l’amour qu’un bûcheron a reçu en plein coeur en s’approchant de moi. L’amour est une force suprême et cette force a créé un passage à l’intérieur de cet homme. Ce qui s’est ouvert en lui, ne se refermera jamais ! Ce bûcheron ne sera plus jamais le même qu’auparavant. Il est devenu le porteur de cette force, ainsi il a réussi à convaincre les autres bûcherons de la nécessité de me laisser vivre. Oui, jeune Hélio, c’est l’amour qui m’a sauvé. 

 – Maître Kiwood, pourquoi les habitants de Bleue ont-ils abattu la forêt ? 

 – Pour utiliser le bois, petit Hélio. Le bois est une matière première que les habitants de Bleue utilisent pour se chauffer en hiver, pour fabriquer des objets, pour bâtir des maisons, pour construire des bateaux… Ils utilisent le bois pour vivre au quotidien. Malheureusement les habitants de cette planète ne sont pas parcimonieux avec la nature qui leur fournit le bois. Ils ne sont pas très économes avec leurs ressources. Ils sont insouciants et gaspillent ce qui ne leur appartient pas. 

 – Sur mon étoile, on n’abat pas les arbres. On leur parle. On leur parle comme à un ami, comme à un frère, comme à un grand-père qui aurait beaucoup d’histoires à raconter et de sagesse à transmettre. Sur mon étoile, on n’utilise pas de bois, on n’exploite pas les ressources de la nature pour créer des civilisations. On construit nos objets avec nos rêves. Notre matière première à nous, c’est nos rêves… c’est nos pensées. 

 – Sur Bleue, les habitants ont cessé de rêver. Leur imaginaire et leur créativité sont limités par leurs croyances. Ils sont prisonniers de leurs croyances et de leurs habitudes de penser. De plus, ils pensent de travers. La principale conséquence est qu’ils vivent dans un monde qui va lui aussi de travers. Chacun d’entre eux est co-responsable de cette situation tout en accusant son voisin d’en être fautif. Mais toi, si tu n’es pas de cette planète, si tu viens d’une étoile, qu’es-tu donc venu faire ici ? 

 – Je suis venu apprendre et aider. C’est ce que m’a expliqué mon dragon… mon guide. 

 – Ton dragon ? Où est-il ? Je ne le vois pas. 

 – Il est quelque part dans une autre dimension. Mais il ne doit pas être très loin. Je sens sa présence et son odeur. 

 – Qu’es-tu donc venu apprendre ? 

 – Je ne sais pas exactement. Tsuyosa, mon dragon, m’a demandé d’être, de ressentir, d’expérimenter et de faire des rencontres. 

 – Tu m’as dit vouloir aider également. Qui veux-tu aider ? 

 – Je ne sais pas. Et je ne sais pas comment aider non plus. Peut-être que c’est cela que je suis venu apprendre ? Est-ce qu’aider, c’est quelque chose qui s’apprend sur la planète Bleue ? 

 – Apprendre à aider ? Mmmh, c’est possible… Et si tu commençais par t’aider toi-même, en t’occupant de toi, par exemple. Tu m’as l’air bien fatigué. Si tu es exténué, tu ne seras pas d’un grand secours pour les autres. La nuit ne va pas tarder. Repose-toi près de moi. Ton esprit sera plus clair après avoir dormi. La nuit porte conseil, puis tu reprendras ton chemin demain matin, petit Hélio. »


  Aussitôt allongé sur le dos et détendu, Hélio commence à sentir son corps se couvrir de légères vibrations. Ses jambes, ses pieds, ses mains, ses bras, ses lèvres, ses pommettes, son nez et même sa langue sont couverts de vibrations. Au bout de quelques minutes, Hélio sent l’arrière de sa tête, qui est en contact avec le sol, appuyer de plus en plus fort sur la terre. C’est comme si elle s’enfonçait. Hélio ressent ensuite son corps se décoller de lui-même. C’est comme si un deuxième corps se trouvait à l’intérieur de son corps d’enfant et que ce deuxième corps se décollait pour flotter à l’intérieur du premier. Hélio sait qu’il va partir. Une sensation de bascule, tête vers le sol et pieds vers le haut gagne Hélio avant qu’il ne… s’endorme. Durant cette nuit, le jeune enfant retrouve Tsuyosa en rêve. Il monte sur le dos du dragon, qui l’emmène très loin.


  Au lever du jour, une fraction de seconde avant de se réveiller, Hélio sent ses pieds buter au fond de ses chaussures. C’est comme s’il avait glissé le long d’un toboggan et qu’il venait juste de ressentir l’impact de ses pieds contre le sol. C’est cette sensation qui le réveille. Maître Kiwood l’observe avec bienveillance et lui demande : « Bien dormi, jeune Hélio ? » Hélio s’étire, baille puis répond. 

« Oui, très bien dormi. J’ai fait le plein d’énergie. Je suis prêt à reprendre mon chemin. J’ai voyagé avec Tsuyosa pendant mon sommeil. Il en a profité pour me délivrer des enseignements et des conseils, mais je ne m’en souviens pas très bien. Il m’a parlé de patience et d’être soi-même. 

 – De patience et d’être soi-même… Voilà un sacré chemin qui s’ouvre devant toi. Etre patient et être soi-même sont deux choses difficiles, que les habitants de Bleue ont du mal à réaliser. C’est le travail de toute une vie, voire de plusieurs. Sais-tu où aller à présent, jeune Hélio ?  

 – Non, je ne sais pas du tout. Je vais me fier à mon intuition. 

 – Alors sans vouloir te commander, je te suggère d’aller à la ville la plus proche. Elle se trouve dans cette direction-ci. »


  L’arbre s’incline et oriente en même temps ses branches vers l’est, pour indiquer le chemin au jeune garçon. 


« Puisque tu dois faire des rencontres, va à la ville. Tu augmenteras tes chances de trouver les personnes que tu dois rencontrer. 

 – Merci beaucoup Maître Kiwood. Je vous suis très reconnaissant de votre accueil. » En disant cela au maître, Hélio joint les deux mains, paumes l’une contre l’autre au niveau de son coeur.


« Va, Hélio, je pense que ton chemin sera long, alors ne perds pas de temps. Va. Mais surtout, n’oublie pas de prendre soin de toi. Quoi qu’il arrive, prends soin de toi, car tu es le meilleur compagnon pour toi-même. Si tu ne le fais pas, qui d’autre pourrait le faire à ta place ? File maintenant ! »


  Hélio s’en va alors, prenant la direction indiquée par l’arbre tout en faisant un geste de la main.


« Bonne chance, jeune Hélio. Bon courage. Je t’enverrai de belles pensées lumineuses aussi souvent que possible » ajoute Maître Kiwood, avec une pointe d’émotion dans la voix.




2. Patience et être soi-même.



  Tout en marchant, Hélio essaie de se remémorer ce que voulait dire Tsuyosa par « patience et être soi-même ». Puis il s’interroge intérieurement ou plutôt, il interroge son dragon comme s’il était à l’intérieur de lui.


« Tsuyosa, je ne me souviens plus de ce que tu voulais dire par patience et être soi-même. Peux-tu m’aider ? »


  Hélio s’arrête de marcher. Il laisse le calme et le silence s’installer en lui. Ensuite il attend quelques secondes. Une pensée lui arrive enfin à l’esprit : « La patience existe parce que le temps existe. »


« Merci. » dit alors le petit garçon. « Ce n’est pas beaucoup plus clair pour moi. » Hélio entend alors Tsuyosa éclater de rire exactement comme s’il était à côté de lui alors qu’il est seul, sans personne à ses côtés.


  Hélio reprend son chemin et maintenant il réfléchit. Il répète à voix haute « La patience existe parce que le temps existe… la patience existe parce que le temps existe… la patience existe parce que le temps existe… » Les kilomètres défilent les uns après les autres. Hélio réfléchit toujours sur son énigme.


  Ensuite il cherche à faire des associations d’idées, à faire des jeux de mots avec les termes « patience », « temps », « exister ». Mais rien ne vient.

« Pfff ! J’abandonne pour l’instant. On verra plus tard. » Et c’est juste au moment où Hélio lâche prise sur son énigme qu’il lui vient à l’esprit : « Si le temps n’existait pas il faudrait l’inventer. »


« Mais bien sûr ! Le temps n’existe pas sur mon étoile ! Le passé n’existe pas non plus d’ailleurs ! Ni le futur ! Tout est instantané sur mon étoile ! Tout est instantané, immédiat et existe dans l’instant présent ! Si je veux quelque chose, il me suffit d’y penser et je l’obtiens instantanément sur mon étoile. La patience y est une notion inconnue. Or ça n’est pas le cas ici, sur Bleue. Ici, le temps existe. Je n’obtiens pas tout ce que je veux tout de suite. Je suis donc obligé d’être patient ! J’ai compris. Le seul moyen d’expérimenter le temps pour moi, c’était de quitter mon étoile pour venir sur Bleue. Et de même, le seul moyen d’apprendre la patience, c’était également de venir sur cette planète. Oui, c’est ça. Etre là, ici et maintenant pour apprendre le temps et la patience. »


  Hélio marche maintenant d’un pas vif et le coeur léger d’avoir trouvé la réponse à sa question. Son large sourire témoigne de sa satisfaction.


« Je suis sur Bleue pour apprendre et expérimenter…  le temps et la patience ! Et bien voilà… Ce n’était pas si compliqué que cela à comprendre. »


  Tsuyosa souffle alors à l’oreille de son protégé : « Et être soi-même. » Hélio s’arrête net. Perd son sourire et répète : « Et être soi-même... » Le dragon se densifie petit à petit près du jeune garçon. Il devient de plus en plus visible et solide à la fois jusqu’à être physiquement là. 


« Bonjour Hélio », lui dit-il. « Comment vas-tu ? » Hélio lui répond d’un air grave. 


« Bonjour Tsuyosa. Tu me suis depuis longtemps ? Est-ce que c’est vraiment nécessaire de me laisser chercher comme ça, tout seul, aussi longtemps ? 

 – Oui. C’est déjà en soi une manière d’apprendre la patience. Tu ne trouves pas ? Sur Bleue, le temps est une composante essentielle de la vie. C’est ce qui lui donne son… charme. Oui, c’est une planète temporelle. La patience qui est parfois exigée sur Bleue forge le caractère et l’âme. En effet, les personnes qui vivent ici sont amenées à développer, grâce à la patience, des qualités de persévérance, de détermination et d’abnégation. Certains attendent un an, deux ans, trois ans, voire plus… dix ans, dix-sept ans… et même toute une vie avant de voir s’accomplir et se matérialiser un projet ou un rêve. Tu vois bien que je ne t’ai pas abandonné et je t’ai encore moins laissé chercher indéfiniment les réponses à tes questions. Je connais des gens sur Bleue qui chercheront des réponses à leurs questions durant toute leur existence. Mais je te félicite aussi. Tu as été rapide dans tes déductions. As-tu remarqué de quelle manière la réponse t’est venue à l’esprit ? 

 – Non. Je n’ai pas fait attention. Mais est-ce que ça a une importance ? 

 – Oui et non, tout est important et rien ne l’est réellement, Hélio. Tu as trouvé la réponse quand tu as lâché prise sur ton questionnement. La réponse a bondi dans ton esprit au moment où celui-ci s’est apaisé, fatigué de chercher. L’esprit est beaucoup plus efficace quand il fonctionne avec fluidité. Il est plus efficace quand il prend de la hauteur et du détachement face à la problématique qu’il doit résoudre. Il fonctionne également à l’économie d’énergie. Souple, détaché, fluide et économe, voilà un bon état d’esprit. Sans oublier patience, détermination et persévérance. Tu n’es pas d’accord avec moi, Hélio ? »


  Un petit oui dubitatif sort de la bouche d’Hélio. 


« C’est donc toutes ces choses-là que je dois apprendre, Tsuyosa ? 

 – Celles-ci et bien d’autres encore… 

 – Mais pourquoi ? S’il te plaît dis-moi pourquoi ? Je ne trouve pas ça drôle d’être ici. Tu peux m’expliquer que c’est mon choix, que je l’ai voulu, je ne m’en souviens pas… en tout cas, pas très bien. Et puis il y a cette atmosphère pesante. J’ai la sensation de peser lourd, très lourd. Il y a comme des choses gluantes et lourdes en même temps qui me collent à la peau. C’est très désagréable. Et puis je me sens à l’étroit dans mon corps. Il n’y a que la nuit pendant mes rêves que j’ai l’impression de redevenir moi-même. S’il te plaît, dis-moi pourquoi je suis là ?

 – Comme je te l’ai déjà dit, Hélio, tu as choisi de venir sur Bleue pour apprendre et aider. Tu vas t’enrichir des expériences et des rencontres que tu vas faire ici. Tu es en apprentissage sur Bleue afin de grandir intérieurement. Beaucoup plus tard, quand ta conscience sera grande et sage, tu créeras de belles choses. Des choses immenses et magnifiques, un peu comme une… galaxie. Oui, c’est cela. Tu pourras créer des choses comparables à des galaxies. Mais il te reste du chemin à faire et ce chemin passe ici et maintenant par l’endroit où tu es. Fais-moi confiance Hélio. Tu vas y arriver. Tu as toutes les qualités pour cela. Qualités d’être et pureté d’âme. Fais-moi confiance et surtout fais-toi confiance. Tu peux être ton pire adversaire, si tu baisses les bras. Mais tu peux être ton meilleur compagnon, si tu le décides. Il faut que tu y croies. As-tu bien compris ? Une dernière chose, Hélio. N’oublie pas de sourire, de rire et même de rire de toi-même. Après tout, tout cela n’est qu’un jeu. 

 – Je n’ai pas tout compris, Tsuyosa, mais je te fais confiance. De toute façon je ne suis pas sûr d’avoir d’autres choix. 

 – Hélio… on a toujours le choix. »


  Hélio fronce les sourcils. Il se dit que certains propos de Tsuyosa font écho à ceux de Maître Kiwood. Cela n’est sûrement pas une coïncidence.


« Tsuyosa, est-ce que tout ce que tu viens de m’expliquer, c’est cela        « être soi-même » ? 



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1er dépôt légal : janvier 2014 

ISBN 978-2-9547395-0-2


Imprimé 

à compte d’auteur.