Err

Hélio et Solaria

Les enfants du soleil


1. Un petit garçon aux yeux de lumière.



  Il existe quelque part dans l’univers, à des années et des années lumière de la Terre, au fin fond d’une galaxie, une petite planète bleue. Sur cette planète, justement nommée Bleue, vient d’arriver un petit garçon aux yeux de lumière. Ce petit garçon s’appelle Hélio. Il prétend à qui veut bien l’écouter, qu’il est le fils du Soleil et de la Vie. Hélio est sur cette petite planète bleue afin d’y faire l’expérience de la vie. Il est là pour être, pour ressentir et pour expérimenter.


  Hélio est accompagné par Tsuyosa, un dragon aux couleurs de l’arc-en-ciel. Mais ce n’est pas n’importe quel dragon. C’est un dragon de sagesse qui crache le feu de la connaissance. Tsuyosa est à la fois présent aux côtés d’Hélio et absent en même temps. Il est là et pas vraiment là. Parfois il est suffisamment dense pour montrer sa présence à tout le monde et parfois seules ses pensées sont perceptibles par Hélio. Tsuyosa explique qu’il ne peut pas être en permanence aux côtés de son protégé.


« L’univers est infini. Mes missions sont immenses. Je ne peux pas être partout à la fois avec mon corps physique, mais je peux l’être en esprit. Je peux traverser l’univers, l’espace et le temps à la vitesse de la lumière et être près de toi dès que tu m’appelleras. »


  Hélio est sur Bleue depuis peu de temps. Il a énormément de choses à comprendre sur le fonctionnement de cette planète. Tsuyosa lui a expliqué qu’il était là pour apprendre mais aussi pour aider.


« Apprendre ? Mais explique-moi Tsuyosa, apprendre quoi ? Aider qui ? Et comment ? 

 – C’est à toi de le découvrir. 

 – Pourquoi veux-tu que je cherche ? Toi qui sais tout, tu pourrais tout m’expliquer maintenant et je pourrais retourner sur mon étoile, auprès de mes proches que j’aime et qui me manquent. Bleue est une très jolie planète, mais c’est une planète qui souffre. J’ignore pourquoi Bleue va si mal, mais je ressens sa souffrance à l’intérieur de mon corps, à l’intérieur de mon être. C’est comme si Bleue et moi n’étions pas séparés. Tout ce qu’elle ressent, je le ressens. Aujourd’hui elle ne va pas bien et moi non plus. Je veux rentrer chez moi. 

 – Hélio, tu étais pourtant d’accord de venir sur Bleue. Tu l’as oublié ? Tu viens à peine d’arriver ici que tu veux déjà repartir. Mais alors, qu’aurais-tu appris et qui aurais-tu aidé ? Je te fais également remarquer, que tu as déjà beaucoup appris. Tout d’abord Bleue va effectivement mal. Extrêmement mal. Nous ne sommes pas à l’abri de voir Bleue exploser un jour, détruite par ses propres habitants, qui sont à l’origine du mal-être de cette planète. Tu as également remarqué que tu es lié à Bleue. Tu es raccordé sur sa fréquence vibratoire. Vous êtes en quelque sorte sur la même longueur d’ondes. Réjouis-toi ! Tu as au moins une amie sur cette planète : Bleue elle-même ! Et ce n’est que ta première rencontre. Je sais que tu en feras d’autres. Tu es là pour cela ! Quant aux réponses à tes questions, je les connais toutes bien sûr… mais dis-moi, quel serait l’intérêt de tout t’apporter sur un plateau ? Quel serait ton mérite ? Ce qui a de la valeur, ce sont les choses acquises par soi-même, les choses issues de ses propres expériences… choses apprises, comprises, digérées… et avec le sourire ! »


  C’est sur ces derniers mots que Tsuyosa disparut dans une brume bleutée, accompagné par un immense éclat de rire, laissant derrière lui une légère odeur de charcuterie et de pneu brûlé. 


« N’oublie pas de m’appeler. Si tu as besoin, je serai là… pour toi ! » Hélio se mit à hurler : « TSUYOSA! Je veux RENTRER ! » Il entend alors un murmure dans sa tête. « Hélio, il n’est pas encore l’heure de rentrer ! »


  Le petit garçon commence alors à sentir un mal-être s’installer au plus profond de lui. Cette sensation grandit, grossit et finit par occuper tout son abdomen, puis son coeur et enfin sa gorge. Les émotions s’agitent à l’intérieur d’Hélio, qui ne comprend pas ce qui lui arrive. C’est la première fois qu’il ressent un tel malaise. Il s’interroge sur ce qu’il est en train de  vivre. Spontanément il lui vient à l’esprit l’image de son étoile. Oui, c’est cela. Ce qu’il ressent pour la première fois, c’est la désagréable sensation d’avoir rompu le lien avec son étoile, la séparation d’avec sa famille d’origine.


  Hélio se sent perdu et commence à sangloter. Il cherche alors autour de lui, mais il ne voit rien ni personne à l’exception d’un arbre, un arbre magnifique, verdoyant et majestueux. Le petit garçon se dirige alors intuitivement vers cet arbre… essuie ses larmes… pose ses deux mains sur le tronc. Puis il ferme les yeux. Hélio sent alors la sérénité monter lentement en lui par les pieds. Puis elle monte le long de ses jambes, le long de ses cuisses. La sérénité monte ensuite jusqu’à son cœur, qui se met à battre puissamment. Ses joues se mettent à vibrer et ses oreilles à bourdonner. Hélio se sent en paix, ivre de paix intérieure.


  Le petit garçon ouvre alors les yeux et commence à parler à l’arbre.

« Bonjour, comment t’appelles-tu ? »


  L’arbre sursaute.

« Eh bien ça alors, c’est bien la première fois qu’un enfant m’adresse la parole. Depuis le temps que je suis enraciné ici, j’en ai vu passer du monde… Des garnements, des chenapans, des petits voyous qui arrachent mes branches ou mon écorce, mais c’est la première fois que l’un d’eux me parle et me demande même, comment je m’appelle. Alors pour répondre à ta question, sache jeune homme, que je suis Maître Kiwood. A qui ai-je l’honneur ? »


  Le petit garçon répond alors fièrement.


« Je suis Hélio, fils du Soleil et de la Vie et je viens d’une étoile située loin d’ici. 

 – Fils du Soleil et de la Vie ! Rien de moins que cela ! Sache, jeune homme, que nous sommes tous les enfants du soleil, car sans lui, il n’y aurait pas de vie. Crois-moi, jeune homme, chacune de mes petites feuilles sont là pour témoigner de ce que le soleil peut nous envoyer, afin d’assurer notre existence terrestre. »


  Hélio se mit à sourire intérieurement. Cet arbre lui rappelle curieusement les enseignements de son dragon. L’arbre poursuit :

« Vois-tu, petit Hélio, c’est le soleil qui nous envoie la lumière et la lumière est essentielle à nos vies. Les habitants de cette planète oublient la lumière. Même quand il fait jour, ils sont sombres comme la nuit. Il ne reste plus qu’une toute petite étincelle à l’intérieur d’eux. Elle est toute petite, mais c’est amplement suffisant pour maintenir les gens en vie… ou plutôt en survie ! Dans leur obscurité, les habitants de cette planète Bleue ont détruit toute la forêt qui se trouvait ici. Tous les arbres furent abattus, tous sauf moi. J’étais le plus grand et le plus rayonnant de tous les arbres de la forêt. C’est pourquoi j’avais été désigné Maître, avec pour rôle de maintenir l’unité et l’harmonie entre tous les arbres de la forêt. La destruction de la forêt fut un véritable carnage, accompagné d’une avalanche de douleur. Chaque coup de hache reçu par un arbre, est instantanément ressenti par tous les arbres de la planète Bleue. Je te laisse imaginer le nombre de coups de hache nécessaire pour abattre toute une forêt. Je te laisse également imaginer toute la douleur que cela a généré dans toute la communauté des arbres. Les habitants de Bleue ont oublié les règles de base du bien vivre ensemble. Tout d’abord, on demande l’autorisation à un arbre avant de s’en servir. On n’utilise que ce dont on a réellement besoin. Ensuite, on anesthésie l’arbre pour qu’il ne ressente rien et qu’il ne communique pas sa douleur à ses congénères. Et enfin, on le remercie. Malheureusement, rien de tout cela n’a été respecté. Les hommes d’ici sont devenus sombres en même temps qu’ils ont coupé leurs liens avec la lumière. 

 – Et toi ?  Tu as survécu. Comment as-tu fait pour échapper à la  destruction ? 

 – C’est l’amour qui m’a sauvé, petit Hélio. Oui, tu entends bien. C’est l’amour. C’est l’amour qu’un bûcheron a reçu en plein coeur en s’approchant de moi. L’amour est une force suprême et cette force a créé un passage à l’intérieur de cet homme. Ce qui s’est ouvert en lui, ne se refermera jamais ! Ce bûcheron ne sera plus jamais le même qu’auparavant. Il est devenu le porteur de cette force, ainsi il a réussi à convaincre les autres bûcherons de la nécessité de me laisser vivre. Oui, jeune Hélio, c’est l’amour qui m’a sauvé. 

 – Maître Kiwood, pourquoi les habitants de Bleue ont-ils abattu la forêt ? 

 – Pour utiliser le bois, petit Hélio. Le bois est une matière première que les habitants de Bleue utilisent pour se chauffer en hiver, pour fabriquer des objets, pour bâtir des maisons, pour construire des bateaux… Ils utilisent le bois pour vivre au quotidien. Malheureusement les habitants de cette planète ne sont pas parcimonieux avec la nature qui leur fournit le bois. Ils ne sont pas très économes avec leurs ressources. Ils sont insouciants et gaspillent ce qui ne leur appartient pas. 

 – Sur mon étoile, on n’abat pas les arbres. On leur parle. On leur parle comme à un ami, comme à un frère, comme à un grand-père qui aurait beaucoup d’histoires à raconter et de sagesse à transmettre. Sur mon étoile, on n’utilise pas de bois, on n’exploite pas les ressources de la nature pour créer des civilisations. On construit nos objets avec nos rêves. Notre matière première à nous, c’est nos rêves… c’est nos pensées. 

 – Sur Bleue, les habitants ont cessé de rêver. Leur imaginaire et leur créativité sont limités par leurs croyances. Ils sont prisonniers de leurs croyances et de leurs habitudes de penser. De plus, ils pensent de travers. La principale conséquence est qu’ils vivent dans un monde qui va lui aussi de travers. Chacun d’entre eux est co-responsable de cette situation tout en accusant son voisin d’en être fautif. Mais toi, si tu n’es pas de cette planète, si tu viens d’une étoile, qu’es-tu donc venu faire ici ? 

 – Je suis venu apprendre et aider. C’est ce que m’a expliqué mon dragon… mon guide. 

 – Ton dragon ? Où est-il ? Je ne le vois pas. 

 – Il est quelque part dans une autre dimension. Mais il ne doit pas être très loin. Je sens sa présence et son odeur. 

 – Qu’es-tu donc venu apprendre ? 

 – Je ne sais pas exactement. Tsuyosa, mon dragon, m’a demandé d’être, de ressentir, d’expérimenter et de faire des rencontres. 

 – Tu m’as dit vouloir aider également. Qui veux-tu aider ? 

 – Je ne sais pas. Et je ne sais pas comment aider non plus. Peut-être que c’est cela que je suis venu apprendre ? Est-ce qu’aider, c’est quelque chose qui s’apprend sur la planète Bleue ? 

 – Apprendre à aider ? Mmmh, c’est possible… Et si tu commençais par t’aider toi-même, en t’occupant de toi, par exemple. Tu m’as l’air bien fatigué. Si tu es exténué, tu ne seras pas d’un grand secours pour les autres. La nuit ne va pas tarder. Repose-toi près de moi. Ton esprit sera plus clair après avoir dormi. La nuit porte conseil, puis tu reprendras ton chemin demain matin, petit Hélio. »


  Aussitôt allongé sur le dos et détendu, Hélio commence à sentir son corps se couvrir de légères vibrations. Ses jambes, ses pieds, ses mains, ses bras, ses lèvres, ses pommettes, son nez et même sa langue sont couverts de vibrations. Au bout de quelques minutes, Hélio sent l’arrière de sa tête, qui est en contact avec le sol, appuyer de plus en plus fort sur la terre. C’est comme si elle s’enfonçait. Hélio ressent ensuite son corps se décoller de lui-même. C’est comme si un deuxième corps se trouvait à l’intérieur de son corps d’enfant et que ce deuxième corps se décollait pour flotter à l’intérieur du premier. Hélio sait qu’il va partir. Une sensation de bascule, tête vers le sol et pieds vers le haut gagne Hélio avant qu’il ne… s’endorme. Durant cette nuit, le jeune enfant retrouve Tsuyosa en rêve. Il monte sur le dos du dragon, qui l’emmène très loin.


  Au lever du jour, une fraction de seconde avant de se réveiller, Hélio sent ses pieds buter au fond de ses chaussures. C’est comme s’il avait glissé le long d’un toboggan et qu’il venait juste de ressentir l’impact de ses pieds contre le sol. C’est cette sensation qui le réveille. Maître Kiwood l’observe avec bienveillance et lui demande : « Bien dormi, jeune Hélio ? » Hélio s’étire, baille puis répond. 

« Oui, très bien dormi. J’ai fait le plein d’énergie. Je suis prêt à reprendre mon chemin. J’ai voyagé avec Tsuyosa pendant mon sommeil. Il en a profité pour me délivrer des enseignements et des conseils, mais je ne m’en souviens pas très bien. Il m’a parlé de patience et d’être soi-même. 

 – De patience et d’être soi-même… Voilà un sacré chemin qui s’ouvre devant toi. Etre patient et être soi-même sont deux choses difficiles, que les habitants de Bleue ont du mal à réaliser. C’est le travail de toute une vie, voire de plusieurs. Sais-tu où aller à présent, jeune Hélio ?  

 – Non, je ne sais pas du tout. Je vais me fier à mon intuition. 

 – Alors sans vouloir te commander, je te suggère d’aller à la ville la plus proche. Elle se trouve dans cette direction-ci. »


  L’arbre s’incline et oriente en même temps ses branches vers l’est, pour indiquer le chemin au jeune garçon. 


« Puisque tu dois faire des rencontres, va à la ville. Tu augmenteras tes chances de trouver les personnes que tu dois rencontrer. 

 – Merci beaucoup Maître Kiwood. Je vous suis très reconnaissant de votre accueil. » En disant cela au maître, Hélio joint les deux mains, paumes l’une contre l’autre au niveau de son coeur.


« Va, Hélio, je pense que ton chemin sera long, alors ne perds pas de temps. Va. Mais surtout, n’oublie pas de prendre soin de toi. Quoi qu’il arrive, prends soin de toi, car tu es le meilleur compagnon pour toi-même. Si tu ne le fais pas, qui d’autre pourrait le faire à ta place ? File maintenant ! »


  Hélio s’en va alors, prenant la direction indiquée par l’arbre tout en faisant un geste de la main.


« Bonne chance, jeune Hélio. Bon courage. Je t’enverrai de belles pensées lumineuses aussi souvent que possible » ajoute Maître Kiwood, avec une pointe d’émotion dans la voix.




2. Patience et être soi-même.



  Tout en marchant, Hélio essaie de se remémorer ce que voulait dire Tsuyosa par « patience et être soi-même ». Puis il s’interroge intérieurement ou plutôt, il interroge son dragon comme s’il était à l’intérieur de lui.


« Tsuyosa, je ne me souviens plus de ce que tu voulais dire par patience et être soi-même. Peux-tu m’aider ? »


  Hélio s’arrête de marcher. Il laisse le calme et le silence s’installer en lui. Ensuite il attend quelques secondes. Une pensée lui arrive enfin à l’esprit : « La patience existe parce que le temps existe. »


« Merci. » dit alors le petit garçon. « Ce n’est pas beaucoup plus clair pour moi. » Hélio entend alors Tsuyosa éclater de rire exactement comme s’il était à côté de lui alors qu’il est seul, sans personne à ses côtés.


  Hélio reprend son chemin et maintenant il réfléchit. Il répète à voix haute « La patience existe parce que le temps existe… la patience existe parce que le temps existe… la patience existe parce que le temps existe… » Les kilomètres défilent les uns après les autres. Hélio réfléchit toujours sur son énigme.


  Ensuite il cherche à faire des associations d’idées, à faire des jeux de mots avec les termes « patience », « temps », « exister ». Mais rien ne vient.

« Pfff ! J’abandonne pour l’instant. On verra plus tard. » Et c’est juste au moment où Hélio lâche prise sur son énigme qu’il lui vient à l’esprit : « Si le temps n’existait pas il faudrait l’inventer. »


« Mais bien sûr ! Le temps n’existe pas sur mon étoile ! Le passé n’existe pas non plus d’ailleurs ! Ni le futur ! Tout est instantané sur mon étoile ! Tout est instantané, immédiat et existe dans l’instant présent ! Si je veux quelque chose, il me suffit d’y penser et je l’obtiens instantanément sur mon étoile. La patience y est une notion inconnue. Or ça n’est pas le cas ici, sur Bleue. Ici, le temps existe. Je n’obtiens pas tout ce que je veux tout de suite. Je suis donc obligé d’être patient ! J’ai compris. Le seul moyen d’expérimenter le temps pour moi, c’était de quitter mon étoile pour venir sur Bleue. Et de même, le seul moyen d’apprendre la patience, c’était également de venir sur cette planète. Oui, c’est ça. Etre là, ici et maintenant pour apprendre le temps et la patience. »


  Hélio marche maintenant d’un pas vif et le coeur léger d’avoir trouvé la réponse à sa question. Son large sourire témoigne de sa satisfaction.


« Je suis sur Bleue pour apprendre et expérimenter…  le temps et la patience ! Et bien voilà… Ce n’était pas si compliqué que cela à comprendre. »


  Tsuyosa souffle alors à l’oreille de son protégé : « Et être soi-même. » Hélio s’arrête net. Perd son sourire et répète : « Et être soi-même... » Le dragon se densifie petit à petit près du jeune garçon. Il devient de plus en plus visible et solide à la fois jusqu’à être physiquement là. 


« Bonjour Hélio », lui dit-il. « Comment vas-tu ? » Hélio lui répond d’un air grave. 


« Bonjour Tsuyosa. Tu me suis depuis longtemps ? Est-ce que c’est vraiment nécessaire de me laisser chercher comme ça, tout seul, aussi longtemps ? 

 – Oui. C’est déjà en soi une manière d’apprendre la patience. Tu ne trouves pas ? Sur Bleue, le temps est une composante essentielle de la vie. C’est ce qui lui donne son… charme. Oui, c’est une planète temporelle. La patience qui est parfois exigée sur Bleue forge le caractère et l’âme. En effet, les personnes qui vivent ici sont amenées à développer, grâce à la patience, des qualités de persévérance, de détermination et d’abnégation. Certains attendent un an, deux ans, trois ans, voire plus… dix ans, dix-sept ans… et même toute une vie avant de voir s’accomplir et se matérialiser un projet ou un rêve. Tu vois bien que je ne t’ai pas abandonné et je t’ai encore moins laissé chercher indéfiniment les réponses à tes questions. Je connais des gens sur Bleue qui chercheront des réponses à leurs questions durant toute leur existence. Mais je te félicite aussi. Tu as été rapide dans tes déductions. As-tu remarqué de quelle manière la réponse t’est venue à l’esprit ? 

 – Non. Je n’ai pas fait attention. Mais est-ce que ça a une importance ? 

 – Oui et non, tout est important et rien ne l’est réellement, Hélio. Tu as trouvé la réponse quand tu as lâché prise sur ton questionnement. La réponse a bondi dans ton esprit au moment où celui-ci s’est apaisé, fatigué de chercher. L’esprit est beaucoup plus efficace quand il fonctionne avec fluidité. Il est plus efficace quand il prend de la hauteur et du détachement face à la problématique qu’il doit résoudre. Il fonctionne également à l’économie d’énergie. Souple, détaché, fluide et économe, voilà un bon état d’esprit. Sans oublier patience, détermination et persévérance. Tu n’es pas d’accord avec moi, Hélio ? »


  Un petit oui dubitatif sort de la bouche d’Hélio. 


« C’est donc toutes ces choses-là que je dois apprendre, Tsuyosa ? 

 – Celles-ci et bien d’autres encore… 

 – Mais pourquoi ? S’il te plaît dis-moi pourquoi ? Je ne trouve pas ça drôle d’être ici. Tu peux m’expliquer que c’est mon choix, que je l’ai voulu, je ne m’en souviens pas… en tout cas, pas très bien. Et puis il y a cette atmosphère pesante. J’ai la sensation de peser lourd, très lourd. Il y a comme des choses gluantes et lourdes en même temps qui me collent à la peau. C’est très désagréable. Et puis je me sens à l’étroit dans mon corps. Il n’y a que la nuit pendant mes rêves que j’ai l’impression de redevenir moi-même. S’il te plaît, dis-moi pourquoi je suis là ?

 – Comme je te l’ai déjà dit, Hélio, tu as choisi de venir sur Bleue pour apprendre et aider. Tu vas t’enrichir des expériences et des rencontres que tu vas faire ici. Tu es en apprentissage sur Bleue afin de grandir intérieurement. Beaucoup plus tard, quand ta conscience sera grande et sage, tu créeras de belles choses. Des choses immenses et magnifiques, un peu comme une… galaxie. Oui, c’est cela. Tu pourras créer des choses comparables à des galaxies. Mais il te reste du chemin à faire et ce chemin passe ici et maintenant par l’endroit où tu es. Fais-moi confiance Hélio. Tu vas y arriver. Tu as toutes les qualités pour cela. Qualités d’être et pureté d’âme. Fais-moi confiance et surtout fais-toi confiance. Tu peux être ton pire adversaire, si tu baisses les bras. Mais tu peux être ton meilleur compagnon, si tu le décides. Il faut que tu y croies. As-tu bien compris ? Une dernière chose, Hélio. N’oublie pas de sourire, de rire et même de rire de toi-même. Après tout, tout cela n’est qu’un jeu. 

 – Je n’ai pas tout compris, Tsuyosa, mais je te fais confiance. De toute façon je ne suis pas sûr d’avoir d’autres choix. 

 – Hélio… on a toujours le choix. »


  Hélio fronce les sourcils. Il se dit que certains propos de Tsuyosa font écho à ceux de Maître Kiwood. Cela n’est sûrement pas une coïncidence.


« Tsuyosa, est-ce que tout ce que tu viens de m’expliquer, c’est cela « être soi-même » ? 

– En partie oui, en partie. En partie seulement. En attendant, monte sur mon dos. Je vais te déposer à la prochaine ville et profite bien du voyage pour observer. » 





3. Des nuages formés à partir des idées noires.



  Hélio s’installe sur les épaules de son dragon puis se cramponne au cou de celui-ci avant qu’il ne prenne son envol. Plus il s’élève, plus Hélio découvre les paysages autour de lui. Il aperçoit également la ville au loin, tout là-bas. Elle semble couverte de grisaille. Hélio n’est pas très enthousiasmé à l’idée d’y aller.


« Tsuyosa, tu es sûr que je dois aller là-bas ? Elle a l’air triste cette ville. Elle est grise. C’est comme si un immense voile gris recouvrait cette ville. Un immense voile gris avec des gros nuages noirs situés au-dessus. C’est de la pollution, Tsuyosa ? 

 – Oui, Hélio. C’est de la pollution ou plutôt un mélange de pollutions. Le voile grisâtre qui recouvre cette ville, c’est une première forme de pollution: la pollution industrielle et domestique. Le voile gris étouffe la ville qui a du mal à respirer. Elle va devenir asthmatique et faire de l’insuffisance respiratoire cette pauvre ville. Mais bon… ses habitants en sont responsables. Ils ont la ville qu’ils méritent. C’est leur choix. Ils l’ont créée à leur image. Libre à eux de changer cette situation. Mais le veulent-ils vraiment ? Sont-ils seulement conscients de leur vrai pouvoir à faire évoluer les choses ? Sont-ils résignés ? Sont-ils satisfaits ? Que veulent-ils vraiment ? S’ils ne savent pas ce qu’ils veulent, personne ne le saura à leur place et personne ne fera rien à leur place… Cette pollution n’est ni bonne, ni mauvaise, c’est la leur. C’est tout. C’est leur expérience. Soit elle leur fait plaisir et ils la conservent. Soit elle les dérange et ils prennent les mesures nécessaires pour la changer. Aujourd’hui, il semble qu’ils veuillent s’en débarrasser mais ils ne font rien d’efficace pour cela. Par contre ils sont d’une créativité inépuisable lorsqu’il s’agit de trouver des excuses à leur inefficacité. Certes tous les habitants de cette ville ne sont pas sensibilisés et motivés de la même manière mais tout de même, il s’agit de leur bien-être et de leur survie collective. Les choses essentielles qui constituent les fondements de leur bonheur et de leur bien vivre, semblent hors de portée de la conscience de la plupart d’entre eux… ou bien alors il existe d’autres priorités… des priorités supérieures à leur bien-être… 

 – Et les gros nuages noirs, Tsuyosa ? 

 – Ah ! Ces gros nuages noirs là ! Tu n’en as jamais vu sur ton étoile ? »


  Hélio répond non d’un signe de la tête.

« Ce sont des idées noires, Hélio. Oui ! Tu entends bien, ce sont des idées toutes noires. Des nuages noirs remplis d’idées noires. Des nuages formés à partir des idées noires des habitants de cette ville. Oui, c’est une autre forme de pollution : de la pollution mentale. Et ne sous-estime pas cette pollution, Hélio. Elle est tout aussi toxique que la pollution chimique. Et peut-être même plus toxique encore ! » Tsuyosa ponctue cette dernière phrase par un immense éclat de rire dont il a l’habitude.


  Hélio reste surpris devant cette découverte. Des nuages d’idées noires… Il n’en avait jamais vu auparavant. Il n’imaginait pas que cela puisse exister. Les habitants de cette ville auraient alors des idées si noires qu’elles en seraient visibles dans le ciel. Hélio est stupéfait. Plus il porte son attention sur ces nuages plus il ressent un malaise intérieur. Il ressent ces idées noires à l’intérieur de lui alors qu’elles ne lui appartiennent pas. Après tout, ce n’est pas lui qui les a créées. La nausée commence à le gagner. Il se sent gluant.


« Tsuyosa ! Il faut faire demi-tour ! Ces idées sont vraiment toxiques. Elles sont en train de m’envahir. Fais demi-tour ! Je crois bien que je vais vomir ! 

 – Reste calme, Hélio. Il ne va rien t’arriver. Tout d’abord, cesse de penser à ces nuages. Plus tu te concentres sur eux, plus tu intègres leurs énergies négatives en toi. Cesse de penser à eux. Concentre-toi sur quelque chose de joyeux, sur quelque chose de gai. Fais rentrer de la joie en toi. Fais rentrer de l’énergie de joie en toi. »


  Hélio se concentre alors sur un coucher de soleil. Un magnifique coucher de soleil sur la mer. Un splendide coucher de soleil avec la mer à perte de vue.


« Est-ce que cela va mieux, Hélio ? 

 – Oui. Cela va un peu mieux, mais j’ai toujours envie de vomir ! 

– Maintenant, entoure-toi d’une bulle de lumière. Imagine que tu es entièrement dans une bulle de lumière intense. Dans une bulle de lumière cristalline. Le calme intérieur et cette bulle de lumière seront tes protections contre les idées noires des autres, Hélio. Tu m’as bien compris ? Calme intérieur et lumière. »


  Hélio crée avec sa pensée une bulle qui se met progressivement en place autour de lui.


« Fais la assez ample pour y être à l’aise, Hélio. Tu dois être entièrement dedans. J’insiste sur le fait que si une partie de toi reste à l’extérieur de ta bulle de lumière, les idées noires s’accrocheront à cet endroit. Ta protection deviendrait alors inefficace. Attention, elle n’est pas éternelle non plus. Elle est temporaire. Elle va se déliter au fil du temps et tu devras la replacer à chaque fois que tu en ressentiras la nécessité. Le seul moyen de s’en passer, c’est d’être en permanence dans ta propre lumière et que celle-ci soit la plus éclatante possible. C’est la clarté de ton esprit et la pureté de tes intentions qui vont intensifier ta lumière ainsi que celle qui te traverse, Hélio. Recherche toujours ce qu’il y a de plus haut en toi, toujours… Connecte-toi sur ce qui vibre le plus haut en toi, sur ce qui t’apporte le plus d’énergie, le plus de joie. En faisant cela tu deviens porteur et transmetteur de lumière. Un jour tu pourras te passer de cette bulle parce que tu émettras suffisamment de lumière pour repousser les idées noires et bien d’autres choses. »


  Hélio et Tsuyosa se rapprochent petit à petit de la ville. Ils peuvent maintenant distinguer les habitants au-dessous d’eux. Hélio observe un monsieur marcher lentement. Son pas est lourd et pénible comme s’il portait la misère et la tristesse de son monde intérieur sur ses épaules. Tsuyosa explique à son jeune protégé que l’homme qu’il voit en bas, vit dans la peur. Cette personne a un travail, une épouse, des enfants, une maison, une voiture, un compte en banque bien garni. Dans l’instant présent, il ne manque de rien. Il possède tout ce qu’une personne de cette ville peut souhaiter avoir sur le plan matériel. Il répond à tous les codes sociaux et autres conventions en vigueur dans sa ville. Pourtant quelque chose ne va pas. L’homme en question est rongé par le doute. Il est rongé par ses angoisses et ses peurs. Il pense qu’il ne va pas y arriver. Il pense qu’un jour, tout ce qu’il possède, il pourrait le perdre. Au lieu d’apprécier ce qu’il est, ce qu’il possède, il se ronge, il rumine, il broie du noir. Il anticipe sur des événements dont la réalisation n’est pas certaine du tout. Lorsqu’il était petit, son père lui disait que dans la vie, il fallait tout prévoir. Cet homme a tellement bien intégré les conseils de son père, qu’il en est presque devenu paranoïaque. Il veut tout contrôler. Il veut tout anticiper. Il veut s’assurer contre tous les risques possibles. Chaque seconde et chaque minute qu’il passe ainsi à tout planifier sont des instants perdus. Ce sont des secondes et des minutes qu’il aurait pu consacrer à apprécier l’instant dans lequel il se trouve. Oui, apprécier et être reconnaissant de ce que la vie veut bien lui offrir. Certes un peu d’organisation et de rigueur dans sa vie n’est pas nuisible, mais on ne peut jamais tout prévoir. Cet homme devra toujours faire face à des imprévus alors autant prendre un peu de hauteur et lâcher prise sur cette rigidité. Cet homme perd son temps et gaspille son énergie par cette attitude. Ainsi, il se couvre tout seul et inconsciemment d’une lourdeur inutile. Tout ce poids subtil qu’il porte finira au fil des années par avoir des conséquences négatives sur sa santé. 


  Tout en marchant, l’homme en question réfléchit. Il pense à sa retraite avec beaucoup d’anxiété. Hélio aperçoit alors une bulle se former près de la tête de cet homme. Il est écrit dans cette petite bulle : « Mais qui va payer ma retraite ? » La petite bulle se met à grossir et à devenir sombre. De plus en plus sombre. Tellement sombre qu’elle en devient noire. Cette bulle se détache de son créateur pour s’envoler. Elle s’éloigne de plus en plus.


« Hélio ! Suivons la bulle ! » s’exclame Tsuyosa. Et dans un grand coup d’aile, le dragon change de direction.

La bulle noire file en direction d’un gros nuage également tout noir. Très vite, Hélio remarque que d’autres bulles noires se dirigent elles aussi vers ce même nuage. Elles proviennent de divers endroits de la ville et toutes vont alimenter ce sinistre nuage. Chacune d’entre-elles a été créée par une personne angoissée. Le sombre nuage devient de plus en plus gros. Chaque bulle d’idée noire vient renforcer ce nuage qui n’en finit plus de grossir. Plus il grossit, plus il devient fort. Plus il devient fort, plus il renvoie de l’angoisse aux personnes qui l’ont approvisionné bien involontairement. Un lien subtil mais pourtant bien visible par Hélio et Tsuyosa relie chaque nuage à ses victimes inconscientes. Un circuit fermé se met ainsi en place entre les personnes apeurées et les nuages. Les émotions négatives nourrissent les nuages qui ensuite maintiennent les gens dans la dépendance de leurs émotions négatives. Ceux-ci sont donc conduits à produire encore plus d’émotions négatives au bénéfice des nuages noirs.


  Soudain Hélio s’exclame.

« Mais ce sont des parasites ! Tsuyosa ! Ces nuages noirs parasitent des être vivants ! Et aucun de ces gens ne les voit ?

 – Oui, tu as raison Hélio. C’est du parasitisme. Et non, ces gens-là ne voient rien. Ils se font dévorer leur énergie sans s’en rendre compte. Au fil du temps ils vont perdre leur appétit pour toutes les choses vivifiantes de la vie. Au lieu de voir la vie en bleu ou en rose, ils vont la voir en noir. Pour eux, elle va être de plus en plus noire, à un tel point qu’ils ne verront plus la beauté des choses simples autour d’eux. 

 – Mais il faut les aider ! Il faut les sauver ! Il faut leur dire !

 – Hé ! Ho ! Pas si fort, mon jeune ami ! Je ne suis pas sourd ! Et ce n’est pas en criant comme cela que tu vas résoudre leur problème. D’ailleurs, est-ce à toi de résoudre ce problème ? Et puis est-ce un problème ? Si ces gens là sont parasités, c’est aussi parce qu’ils le veulent bien. »


  En entendant les propos de Tsuyosa, Hélio se met à hurler encore plus fort. 


« Quoi ! Qu’est-ce que tu veux dire ? 

 – Ce que je veux dire, c’est qu’un parasite ne peut s’installer que sur un organisme qui lui a préparé le terrain. Pour créer une bulle d’idée noire, il faut y mettre beaucoup d’émotions. Il faut y mettre de l’intention ou tout son manque d’attention envers soi, si tu préfères. Toutes ces personnes raccordées aux nuages noirs réagissent avec leurs tripes. Elles pensent trop avec leurs tripes et pas assez avec leur coeur. Elles ont la peur au ventre. La peur dans le ventre. Et c’est avec elle, avec cette peur qu’elles vivent au lieu de penser avec le coeur. L’obscurité se trouve dans leurs tripes et la lumière se trouve dans leur coeur. En pensant avec le coeur, en plaçant leurs intentions et leur attention dans le coeur, elles échapperaient à ce parasitage. Voilà, Hélio. Toutes ces personnes récoltent ce qu’elles ont semé. 

 – Mais enfin ! Cela n’est pas juste, Tsuyosa ! Ces pauvres gens ne se rendent compte de rien. Ils ne peuvent pas être responsables de ce qui leur arrive s’ils ne le voient pas ! S’ils ne savent pas ! Il faut leur dire. Il faut les informer ! 

 – Oui, tu pourrais leur dire, bien sûr. Et après ? Que se passerait-il ? Le seul moyen d’arrêter ce processus d’auto-parasitage, c’est qu’ils se mettent tous à penser avec le coeur. Et pour cela, il faudrait que ces personnes changent. Il faudrait qu’elles veuillent changer. Crois-tu que les arguments sur les bulles noires, les nuages noirs et autres parasites seraient suffisants pour déclencher une prise de conscience et un changement d’état d’esprit de leur part ? Je te rappelle, Hélio, qu’ils ne voient pas toutes ces choses-là. Alors, penses-tu qu’ils te croiraient sur ta simple bonne foi ? Si c’était aussi facile que cela, cela aurait déjà été fait depuis longtemps. Malheureusement cela n’est pas le cas. Cela fait maintenant un bon bout de temps que cette situation existe sur la planète Bleue. » 


  Tsuyosa part alors dans un immense éclat de rire avant de reprendre :

« C’est bien la preuve qu’expérimenter le temps peut parfois sembler un peu… long… surtout quand on a les doigts coincés dans la porte. » Et le dragon se met à rire encore plus fort.


  Tsuyosa finit par reprendre son sérieux et fixe Hélio dans les yeux. « Ne reste pas sur cette colère, Hélio. Ne focalise pas sur ce que tu considères comme une monstrueuse injustice. Chaque chose a sa raison d’être et rien n’arrive par hasard. Je n’ai pas dit qu’il fallait fermer les yeux et oublier ce que tu viens de voir. Je n’ai pas dit qu’il ne fallait rien faire pour améliorer tout cela. Il faut être conscient de ces choses-là. Accepter ce mode de fonctionnement. Mais surtout, si tu veux contribuer de manière positive à un changement, sois toi-même. Oui, Hélio… Sois toi-même. »


  Hélio commence alors à s’énerver. 

« Encore ! Etre soi-même ! Sois toi-même ! J’aimerais bien comprendre ce que ça veut dire avec ton aide et pas uniquement comprendre tes devinettes par moi-même ! 

 – Oui, bien sûr. Mais là, tu n’es plus toi-même. Tu es dans la colère, dans l’énervement. Si tu te maintiens dans ces énergies négatives, si tu restes crispé, fixé sur ces émotions négatives avec force et détermination, tu pourrais créer toi aussi une petite bulle noire. Cette petite bulle noire prendra le même chemin que les autres. Ainsi tu seras, toi aussi, parasité en retour. Un bon conseil, Hélio, lâche cette colère. Lâche-là pendant qu’elle n’est pas cristallisée sur toi. Lâche-là pendant qu’elle n’est que superficielle et légère. Lâche-là avant qu’elle ne devienne lourde et consistante. Prends de la hauteur. Sois toi-même… Sois léger… sois fluide… Tu as des ailes de papillon, alors utilise-les… cette colère ne t’appartient pas. Tu n’es pas constitué de colère. Cette énergie n’est pas pour toi. Sa vibration est dissonante avec la tienne, alors laisse-la partir… laisse-la s’éloigner… laisse-la… »


  Hélio devient pâle. Il réalise à quel point il est facile de tomber dans ce piège que constitue ce parasitage. Il se rend compte avec quelle vitesse on peut en être victime. Pourtant il vient à l’instant de voir la mécanique de ce système pervers, ce qui ne l’a pas empêché de basculer d’un coup dans les émotions de colère. Il se dit que lui aussi, il aurait créé sa petite bulle noire sans s’en rendre compte comme tous ces pauvres gens.


  Tsuyosa lui dit alors d’un air taquin avant de rire : « Dis-moi, Fils du Soleil, je te trouve un peu pâle. Il faudrait que tu réfléchisses un peu moins la lumière comme la lune et que tu rayonnes un peu plus comme un soleil.» 


Puis il se reprend. 

« Excuse-moi, Hélio. Je n’ai pas pu m’empêcher. Après tout, tout cela n’est qu’un jeu. Hélio, tu n’es pas ici pour te battre de manière frontale contre ces nuages noirs. Tu n’es pas le sauveur de tous ces gens. Ce n’est pas ton combat. Ton combat à toi, c’est de vaincre la partie de toi-même qui t’empêcherait d’être lumineux. Je te l’ai dit, la solution de ce problème, c’est d’abord et avant toutes choses ces gens-là qui la détiennent entre leurs mains. Cette solution se nomme changement intérieur. Or tu ne peux pas obliger les gens à changer. Toutefois tu peux faire quelque chose pour eux. Tu peux être toi-même. Oui, encore une fois j’insiste sur cette notion. Et j’insiste d’autant plus qu’elle est fondamentale. Le bonheur, la santé, la joie et l’amour sont l’état d’être naturel des habitants de cette planète Bleue. Certes ils l’ont oublié. Mais c’est pourtant la réalité. Ce qui dépend de toi, fais-le. Et ce qui dépend de toi, c’est d’être dans cet état naturel. C’est cela que j’appelle être soi-même. C’est être dans la joie, dans la santé, dans le bonheur et l’amour, mais tout ceci doit être véritable et sincère. Tout ceci doit venir du coeur sinon c’est factice, sinon c’est faux et cela se voit comme lorsqu’une personne force son sourire pour paraître sous son meilleur jour. Je n’ai pas dit que cet état était facile à atteindre. Je n’ai pas dit que cet état était facile à maintenir lorsqu’il était atteint. Mais je dis que chaque jour tu dois faire de ton mieux pour atteindre cet état qui existe. Cet état n’est pas une légende ni un mythe, c’est une réalité que tu peux créer. Il faut y croire et persévérer. Tu ne peux forcer personne à changer mais tu peux inspirer le changement autour de toi. Dès que tu commences à atteindre l’état naturel dont je te parle, même si c’est temporaire au début, tu commences à influencer les autres. Les autres se questionnent. Ils se demandent pourquoi tu souris toujours, même quand tout autour de toi tout s’écroule. Ils sentent quelque chose qui émane de toi sans être capable d’en définir la nature ni même l’origine. Ils aimeraient connaître ta recette magique. Ils commencent à vouloir être comme toi. Et pourtant tu n’as rien fait de spécial. Tu n’as pas cherché à impressionner quelqu’un. Tu as marqué les gens et pourtant tu ne t’es rendu compte de rien. Tu t’es contenté d’être toi-même et cela a suffit pour les inspirer. Maintenant ils vont peut-être prendre leur changement intérieur en mains. Tous les éléments sont là, ils sont tous là en eux. Ils attendent juste le catalyseur qui va permettre à la réaction alchimique d’avoir lieu au plus profond d’eux-mêmes. Est-ce que tu comprends Hélio ? Est-ce que tu comprends ce que veut dire être soi-même ? 

 – Je crois avoir compris.

 – Etre soi-même, c’est donc être dans cet état naturel qui questionne les autres, qui fait envie aux autres sans toutefois être montré avec suffisance, ni arrogance et encore moins avec orgueil. Etre soi, c’est réussir le mariage de l’humilité, de la modestie et d’une forme de fierté du travail accompli. Parce que oui, ce travail est difficile et que l’on a le droit de savourer le résultat. On a le droit d’éprouver de la satisfaction comme un artiste devant sa création. Il n’y a pas à culpabiliser de ce que l’on a réussi à faire de soi. Arrivé à ce stade, on a trouvé la pépite d’or qui sommeille au fond de chacun d’entre nous. On l’a nettoyée patiemment. On l’a ensuite polie, toujours patiemment et avec délicatesse. Ainsi notre pépite brille après être restée trop longtemps ternie. Elle brille tellement qu’elle éclaire autour des gens qui la portent en eux. Elle éclaire tellement autour des personnes qui la portent en elles, qu’elle éclaire également les gens qui se trouvent dans leur voisinage. L’éclat de ta pépite illumine l’intérieur des autres, l’intérieur de ceux qui cherchent la leur, qui recherchent leur propre pépite intérieure afin d’être eux-mêmes, afin de pouvoir un jour éclairer les autres à leur tour. Voilà Hélio comment tu peux aider tous ces gens : sois toi-même et rayonne sur eux. Fais briller ta pépite. Porte une attention pure sur les autres. Envoie leur de la lumière… envoie leur des pensées positives… envoie leur des pensées d’amour… c’est le plus beau cadeau que tu puisses leur faire. Etre soi-même et rester soi-même, c’est cela aider véritablement les autres. »



4. Bonjour Hélio. Je t’attendais.



« Allez ! Hélio, assez bavardé. On va aller encore plus haut. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais les nuages noirs qui se trouvent au-dessus de cette ville, montent à leur tour vers d’autres nuages qui sont d’une taille gigantesque. Regarde bien au-dessus. Tout là-haut ! »


  En effet, Hélio voit au-dessus de lui, des nuages d’une taille immense et d’une noirceur terrible. Ils sont constitués de nuages noirs provenant des différentes villes de la planète Bleue. Ces nuages mesurent plusieurs milliers de kilomètres de long et pourraient presque faire le tour de la planète.


« Ces immenses nuages étouffent Bleue. » commente Tsuyosa. « C’est la même chose qu’avec la petite ville en bas. Cette ville est étouffée par la pollution chimique et mentale, et bien Bleue l’est également… étouffée, asthmatique, malade, à la recherche d’un nouveau souffle. Bleue est comme les arbres, Hélio. Tu peux t’adresser à elle de la même manière que tu t’adresses aux arbres. Elle va t’entendre et te comprendre. Ensuite elle te répondra si elle le désire ou bien elle te fera ressentir sa conscience et sa présence jusqu’à l’intérieur de toi. C’est elle qui décidera. »


  Hélio est un peu intimidé. Communiquer avec les arbres, il est habitué. Il sait très bien le faire puisque pour lui c’est normal de le faire lorsqu’il est sur son étoile. Mais communiquer avec une planète, cela il ne l’avait encore jamais fait. Il est impressionné.


« Tu crois que je peux entrer en contact avec Bleue, Tsuyosa ? Je ne vais pas la déranger ? 

 – Essaie, tu verras bien. Si tu la déranges, elle te le dira. »

Hélio se concentre. Il fait monter en lui le calme et le silence. Puis il s’adresse à Bleue.


« Bonjour Bleue. Je suis Hélio, fils du Soleil et de la Vie… Comment vas-tu ? » Pas de réponse.


  Hélio ne perçoit pas de réponse, ni à l’extérieur de lui, ni à l’intérieur de lui. Il renouvelle alors sa question. « Bonjour Bleue. Comment vas-tu ? » Il attend à nouveau une réponse. Mais rien ne se produit. Hélio s’apprête à répéter sa question une dernière fois quand soudain une voix féminine lui répond. C’est une voix douce et forte à la fois. Elle est également très claire et nette. Hélio l’entend exactement comme si une femme parlait près de lui, près de son oreille gauche, mais aucune femme ne se trouve à proximité de lui. Il n’y a personne autour de lui, exception faite de Tsuyosa.


« Bonjour Hélio. Je t’attendais. Je pensais que tu viendrais plus rapidement jusqu’à moi, mais après tout, l’essentiel c’est que tu sois là. » Hélio est stupéfait. Bleue l’attendait ! De plus elle l’attendait depuis longtemps !


« Ne sois pas surpris, Hélio. Il n’y a rien d’extraordinaire à tout cela. Tu as répondu à ma demande mais tu ne t’en souviens plus. Ma santé se détériore rapidement en raison de la pollution qui s’accumule autour de moi. Les êtres que je porte sur moi deviennent difficiles à supporter. Je commence à fatiguer et à étouffer. Il est temps que cela cesse. Il est temps que cela change. L’heure du changement est arrivée. Les êtres que je porte ont oublié que c’est grâce à moi qu’ils sont ici. Je leur ai offert un endroit afin qu’ils expérimentent une vie fraternelle. Je leur ai offert un lieu pour y créer un monde d’amour et d’harmonie. Mais ils se sont égarés en chemin. Ils me détruisent lentement. Cela m’attriste, mais je ne leur en veux pas. Je leur pardonne volontiers, ils sont si jeunes. Ils se comportent comme des enfants. Ils sont parfois attendrissants et à d’autres moments ils sont irritants. Souvent j’aimerais les voir grandir. Oui, j’aimerais les voir grandir plus vite et devenir sages. »

Bleue se tait. Elle laisse un long silence avant de reprendre. « J’ai demandé de l’aide aux autres planètes de l’univers. Nombreuses sont celles qui ont répondu à ma demande et ton étoile en fait partie. Je vais avoir besoin de toi, Hélio. De nombreux enfants sont venus de lointaines planètes, de lointaines étoiles et de diverses galaxies pour déclencher un changement d’état d’esprit parmi les êtres qui me peuplent.


  Hélio, aperçois-tu la ville qui se trouve en dessous de toi ? Et bien à environ deux-cents kilomètres de cette ville, en direction du nord-ouest, ce trouve un ancien monastère. J’ai besoin que tu te rendes là-bas. Ce monastère se trouve sur une montagne entourée par la mer. Il est accessible uniquement à marée basse. Dans se monastère, se trouve une crypte. Cette crypte agit comme une vanne régulant mes énergies. Bien d’autres vannes identiques à celle-ci se trouvent autour de mon corps de planète. Tu dois te rendre là-bas afin d’ouvrir cette vanne pour permettre à mon énergie de se renouveler et ainsi me régénérer. »


« Mais qu’est-ce que je dois faire exactement là-bas ? » demande Hélio un peu inquiet.


« Tu dois être toi-même. Oui, ne change rien à ton état d’être, tu es parfait pour cette mission. Conserve ton âme d’enfant. Tu dois juste t’installer dans la crypte de ce monastère et penser très fortement à moi. Tu n’as rien d’autre à faire. Juste être. Ensuite, c’est ton énergie à toi qui va faire tout le travail. Elle va déclencher l’ouverture de la vanne et relancer ainsi la circulation de mes énergies. Mais ces énergies nouvelles seront beaucoup plus puissantes que mes énergies actuelles. Ces énergies vont me rendre ma forme initiale. Elles vont également diffuser au travers du corps et du coeur de chaque être vivant sur moi. Elles vont activer l’ouverture de leur coeur afin qu’ils deviennent plus respectueux d’eux-mêmes et de moi. Es-tu d’accord, Hélio ? Veux-tu y aller pour moi ? Tu n’es pas obligé d’accepter. On possède toujours son libre arbitre. Alors dis-moi Hélio ? »


  Hélio est un peu perdu. Il ne s’attendait pas à une telle demande de la part d’une planète : l’aider à changer ! Il regarde alors Tsuyosa. Cherche un signe venant de lui. Mais le dragon fait mine de rien. Hélio ne sait pas quoi répondre. Il hésite quand finalement son dragon lui jette un clin d’oeil avant d’éclater de rire. 


«  C’est d’accord ! Je vais aller là-bas ! 

– Merci Hélio. Je te remercie et te fais confiance. Je sais que tu feras tout ce que tu peux pour y arriver et je sais que tu as la capacité de réussir. Tu es là pour cela. Il faut juste que tu en sois convaincu. Il faut que tu y croies… il faut y croire, Hélio… Promets-moi d’y croire, Hélio… 

 – Oui, c’est promis, Bleue. Je vais y croire. 

 – Non, non Hélio. Là, tu n’y crois pas encore. Tu dis y croire parce que tu le crois avec ta tête, avec ton cerveau, mais c’est avec le coeur qu’il faut y croire. Avec le coeur. C’est lui qui t’apporte l’énergie pour réaliser, pour créer. L’énergie du coeur, Hélio… souviens-toi du coeur. »


  Hélio lui répond un peu gêné : « D’accord, Bleue. » Puis, plus rien. Plus un bruit, plus un son, plus une parole. Bleue semble s’en être allée. Hélio demande à son dragon : 


« Tu crois qu’elle est partie ?  

 – Oui et non, elle est toujours présente avec nous puisque nous vivons sur elle. Mais sa conscience n’est plus avec la nôtre. La communication est terminée pour aujourd’hui. Finie. Coupée. Il n’y a plus personne au bout de la ligne téléphonique, mon jeune ami. Je te propose donc de descendre. 

 – Où ? Là, en bas ? Dans la ville toute grise et gluante d’idées sombres et obscures ! Baaah ! Non merci, sans façon, pas pour moi, Tsuyosa. 

 – Ecoute, Hélio. Moi je veux bien t’emmener ailleurs, mais peut-être que les autres villes sont toutes pareilles… Et dans ce cas-là, que fait-on ? On évite toutes les villes ? 

 – Et pourquoi pas ? On irait uniquement dans les forêts. C’est l’endroit où je me sens le mieux. A la rigueur, on peut aller dans les campagnes ou à la montagne. 

 – Je suis désolé, Hélio. Cela ne va pas être possible pour le moment. Nous devons aller dans cette ville pour y rencontrer quelqu’un. Tu vas créer ta bulle de lumière autour de toi et tout va très bien se passer. De plus, je reste près de toi. Allez ! Accroche-toi à moi, on y va ! »






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"Hélio et Solaria, les enfants du soleil", 

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1er dépôt légal : janvier 2014 

ISBN 978-2-9547395-0-2


Imprimé 

à compte d’auteur.

n° siret : 802 098 020 00018